Chambre 269 :
Assise au sol, les jambes contre ma poitrine, la tête ancrée dans mes genoux, j'écoutais mon c½ur détruire les secondes. Dans trente minutes, un an de ma vie se retournera en moi. La branche des secondes de l'horloge résonnait dans la pièce, trop lourdement, trop durement, trop ironiquement. De deux doigts je fais glisser l'anneau ornant mon annulaire et en relevant mon visage détruit par les larmes noires, je contemple la beauté du bijou. C'était comme prédit, c'était comme écrit dans notre destin. Dans le creux de la bague, un mot reflète un avenir rêvé, un simple mot brille. Éternité. Mon organe vital se bloque aussi fort que je serre l'anneau au fond de ma paume. Les paupières fermées, je cherche au fond de ma mémoire, au fond de mon c½ur, au fond de tout ce qui me composait : sa voix. Le son délicieux de ses simples mots qu'il me prononçait. Ses je t'aime extravagants, son rire... Je souris entre deux larmes. Un rictus pénible. De ma main libre, je chasse les gouttes superficielles et me relève à l'aide de celle-ci. Plus qu'un quart d'heure. Je passe devant mon lit défait, devant le miroir, dépassant le bureau désordonné et me dirige vers la fenêtre entrouverte. Je l'ouvre entièrement d'un coup de coude et balance mon corps contre la barrière. Il faisait encore froid, mais le contraste brûlant de mes joues rougies avec l'air de ce futur printemps réveillait mes sens engourdis. J'avais encore fait un rêve violent, où se mêlaient principalement mes souvenirs et mes pires craintes. Un accident, des cris, des visages décomposés, un cadavre... Je gémis en massant mes tempes. La bague gît silencieusement entre mes doigts crispés et tremblants. Plusieurs fois j'aurais voulu la balancer, la noyer, l'oublier, mais au moment de le faire, ma volonté en avait pris un coup. J'en étais incapable, c'était irréalisable pour moi de pouvoir me séparer ce tout ce qu'il me restait de Lui. Tout comme c'était impossible de pouvoir l'oublier ; lui et ses foutus sourires, lui et ses putains de baisers, lui et sa façon de marquer son nom au fer rouge au fin fond de votre âme... Lui et sa mort plus que tragique. Je mords ma lèvre inférieure pour calmer la tempête qui se préparait dans mon ventre. Je passe ma tête dans mes deux mains et l'anneau roule vers ma bouche. Du coin de la lèvre je l'embrasse, je la chérie comme j'en avais l'habitude. Je m'accrochais à un objet, j'étais pathétique, je croyais plus en Dieu, il m'avait enlevé la chose qui me tenait en vie, je ne croyais plus en rien, je m'étais fait une idole à moi toute seule et je me trouvais de plus en plus grotesque. J'enfouis mon visage dans mes bras croisés, roulant la bague entre mes deux doigts et sans m'en rendre compte je nous revois tout les quatre dans cette voiture rouge traversant les champs, au milieu de la nuit, un verre de trop dans le corps, les rires un peu trop strident, le véhicule un peu trop rapide. Je me rappelle aussi les cris de Sam assis sur le siège avant à côté du conducteur. Les frissons me reviennent. Les flashs de la voiture qui fait des tonneaux, ceux des hurlements glaciaux, celui du silence aigre, l'odeur du sang qui flottent à l'intérieur de la voiture, leurs noms que je cris, me déchirant la gorge... L'image des deux personnes aux yeux exorbités de frayeur, leurs c½urs s'étant arrêtés de battre. Je me rappelle les avoir détachés comme je pouvais de leurs ceintures, ne sentant plus mes sanglots hurlants, me foutant de mes mains touchant leurs corps déjà froid de mort. Sam était encore vivant, il me tirait pour me sortir. Me criant que la voiture exploserait dans quelque secondes, mais Lui, il était affalé sur ce volant, il refusait de bouger, il ne m'entendait plus, j'avais beau le battre, j'avais beau détruire son visage de mes ongles, il ne bougeait plus. Mes doigts se crispent sur le fer en me remémorant son visage blanchâtre. Puis j'avais couru aussi loin que je pouvais, aussi vite que mes jambes supportaient, je ne m'étais pas retournée lorsque l'explosion avait commencée, mes yeux troublés avait juste vu la nuit s'illuminer encore un peu plus. J'étais déjà loin et je ne pensais pas encore à que je l'avais perdu. Un choc. Je me laisse tomber dans ma chambre d'hôtel, glissant mes mains contre les barrières, la bague tintant contre le fer comme pour me réveiller. Puis une sonnerie vibra, cassant le mutisme glaçant de la pièce. Je me relève, détruite de ces souvenirs et réponds d'une voix faible.
« Lily... Ca fait un an maintenant... » Murmure la voix.
Je hurle qu'il me laisse tranquille, je lui cri que je le savais et je crash le portable contre le mur qui explose dans un souffle en morceaux sur mon lit. Je passe mes mains sur mes lèvres tremblantes, je me bats contre mes jambes tremblantes. Sans réfléchir, sans m'en rendre compte, je cours vers la porte, l'ouvre et la referme dans un son lourd de chagrin intense et me dirige l'esprit brouillé vers la première porte qui se présente à moi.
« Passage sur le toit. Interdiction aux clients de traverser cette partie de l'hôtel. »
_En même temps____
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Chambre 265 :
Affalé sur un fauteuil trop grand, je ne regarde même plus les gens passer. Je n'écoute même plus ce qu'on me dit. Je remue de la tête et je deviens aveugle. C'était facile et reposant. Je ne sentais plus mes membres, mon c½ur battait trop vite, mes yeux clignaient trop rapidement, j'étais sous le coup d'adrénaline exaltée. Un dernier concert ce soir, un dernier faux sourire, un dernier remerciement trop fictif, une dernière note cassée. C'était enfin fini cette tournée épuisante. C'était terminé...
« Bravo pour ce soir. »
Je réponds d'un coup de la tête vers notre manageur, il disait toujours la même chose, il avait la même habitude de nous entraîner toujours plus haut, sans se soucier une seule fois qu'on trouvait le voyage trop exténuant. Mais c'était son travail, nous cacher de l'horrible vérité qui nous entouraient et fixer nos yeux droit sur notre argent, sur notre célébrité et pour finir sur notre sois disant rêve. Il se baisse devant moi et d'une main sur mon genou il me réveille de ce coma.
« Tu as l'air fatigué. » Murmura t-il en scrutant un peu plus mon visage blanchâtre.
« Tu trouves ? » Répondais-je ironiquement.
Il cherchait encore plus de réponses mais je l'évite en tournant mon cou vers les trois autres. Même expression, même position, même sensation. Je m'enfonce encore plus dans le fauteuil, je laisse passer un soupir extravaguant et continue à regarder les autres exister à ma place. J'avais déjà répondu quatre fois non pour un verre d'eau, une dizaine de fois oui que tout allait bien et avait rejeté plus de fois que on pouvait le croire le fait de manger quelque chose. Il se relève, inquiet.
« Dormez bien, demain vous avez une grosse journée. » Continu il dans un rire avant de partir vers l'entrée principale.
Je ferme les yeux de dégoût.__ Super.__ Passant mes doigts sur mes tempes, je nie de la tête et bien sur qu'un seul le voit. Ils se relèvent tous, et je sens passer une main sur mon épaule. Ah, il avait bien compris. Je peux plus y'aller, j'en suis simplement incapable. Et pourtant le passé qui s'est tracé derrière moi devrait m'aider à surmonter cette fatigue cruelle. Mais j'étais trop fragile, trop jeune. Au fait, on m'appelle Bill et je suis tout juste majeur. C'est tout ce qui y'a à savoir sur moi. Ah non, le plus important. Je suis le chanteur du groupe qui ramène le plus d'argent : Tokio Hotel. Mon c½ur se serre, mon travail passe avant ma propre personne. Quelle ironie. Je relève mes yeux vers mon jumeau, Tom. D'un simple regard, il arrive à ressentir mon supplice. Il m'évite. Même lui n'assumait plus son rôle. Personne ne pouvait survivre à des journées comme ça. A nous deux, on n'avait plus les épaules pour porter cette difficulté. A nous quatre, on était plus que faible.
__Ellipse____
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« Qui joue ? »
On lève, lentement, tous les quatre la main. S'attachant chacun à une manette, on se prépare à jouer. Tout se mélangeait, j'étais énervé de fatigué, crevé de hargne. C'était douloureux et affaiblissant à la fois. Mais l'électricité qui rognait mes membres m'aidait à exciter mes sens sur ce stupide jeu de voiture. Les yeux rouges, je suivait le véhicule aussi vite en oubliant les cris de joie de mes amis. Je devais gagner, je devais arriver premier, je devais...
« AAAAAAAAAAAH BILL ! Dans le ravin ! » Explosa Georg.
Je devais aussi tomber dans ce stupide ravin. Je pose doucement la manette sur la couverture et regarde les autres jouer, un soupçon d'amertume au fond de la gorge. J'avais aussi oublié ça. Avec la célébrité, on avait appris à devenir égocentrique, à vouloir toujours le meilleur jusqu'à en devenir désagréable. Je détourne les yeux vers mon jumeau. Un sourire se dessine sur ses lèvres.
« Je crois bien que j'ai gagné. »
Le batteur et le bassiste s'effondrent autour de moi de leurs défaites, pendant que Tom exécute une danse de la victoire devant nous. Il s'arrête et me fixe de ses yeux en amandes, trop véridiques, trop francs.
« Même pas capable de finir la course. Pire qu'une fille ! »
« Ouai d'accord j'ai les manières, je ressemble à une meuf et en plus je suis homo. Putain je le sais. Mais pendant ce temps je ferme ma gueule et je continu à ravaler vos réflexions ! Merde. »
Il ne me répond pas. Il semble choqué. Je me relève péniblement sur mes jambes, saute sur le sol et cherche dans mon blouson en cuir le paquet de cigarettes.
« C'était pas fait pour être méchant Bill... » Essaye de rattraper Gustav.
« C'est jamais méchant avec vous. Ce n'est jamais méchant avec personne. Mais au bout d'une centaine de fois qu'on me demande si les garçons m'attirent, si je suis une fille... Ils ont plut qu'à me demander de traîner à poil pour le prouver ou quoi ?! »
« Mais on n'a jamais dit ça... » Continu -il.
« On ne me dit jamais rien. On se moque de moi, on rit de moi, on me gueule, on m'ordonne des choses. Mais jamais on m'a vraiment parlé. »
« Mais de quoi tu parles ?! » Dit Georg.
« Laissez le tranquille. Il pique sa crise d'ado' encore. » Marmonne Tom entre ses dents.
Je me retourne brutalement vers lui.
« Petit con. »
« Oh Bill ! Ne commence pas ! Tu ne vas pas recommencer avec tes insultes, tes yeux qui en disent larges et... Où tu vas ?! »
« Loin. »
Je lui claque la porte au nez et m'avance dans le couloir vide. Je cherche la sortie. Mon regard se pose sur la porte au fond du corridor entrouverte.
« Passage sur le toit. Interdiction aux clients de traverser cette partie de l'hôtel. »
fanny